samedi 23 mars 2013

Paris: Galerie de Noirmont...Fermeture, Close, Fechado, Cerrado.


«Aujourd'hui, on ne pense plus l'art que par l'argent. Et ce système risque de se tarir un jour.»

Galerie de Noirmont : «Une fermeture symbolique»


La galerie à la réputation internationale devrait fermer ses portes sous peu
La galerie à la réputation internationale devrait fermer ses portes sous peu

Par, Armelie Heliot

C'est par une lettre que le galériste et sa femme annoncent qu'ils mettent fin à l'activité de leur galerie ouverte il y a vingt ans. Leur analyse de la situation de l'art contemporain est très alarmiste. Et ils soulignent qu'ils ne veulent pas quitter la France.


C'est un grand coup de tonnerre! Le monde de l'art est sous le choc. Jérôme et Emmanuelle de Noirmont ont annoncé la fermeture de leur galerie, avenue Matignon, à Paris. C'est la surprise pour leurs artistes et leurs amis, aussi, tant ce duo parisien dynamique et sympathique est apprécié, pour n'avoir jamais sacrifié à la mode leur passion. Jérôme de Noirmont est en déplacement à Newcastle pour l'exposition de Fabrice Hyber qui fait suite à celle du Palais de Tokyo. Le galeriste n'a pu commenter sa décision inattendue, mais Emmanuelle, son épouse et associée, s'est exprimée sans retenue.
«Pour des questions humaines, dit-elle, il a fallu garder le secret jusqu'à la dernière minute. Tous ceux qui nous ont suivis depuis nos débuts devaient l'apprendre en même temps. La décision était prise depuis très longtemps. Les artistes eux-mêmes ne le savent que depuis la mi-février et nous les accompagnerons pour qu'ils trouvent en France ou à l'étranger d'autres galeries pour les défendre.»
Leur lettre datée du 12 mars, mais postée le 19 et doublée d'un courriel hier après-midi, est suffisamment éloquente pour que l'on puisse comprendre ce que ce renoncement traduit pour l'ensemble du marché. Il y a vingt ans que la galerie est ouverte. «Notre métier a profondément changé depuis notre ouverture, en septembre 1994, écrivent-ils. L'avenir semble se dessiner dans certaines niches pointues pour des galeries de structure légère et dans la labellisation de méga-galeries, aussi puissantes qu'importantes avec plusieurs implantations internationales.»
Face aux géants mondiaux comme Larry Gagosian, la compétition est de plus en plus rude. Et de livrer cette analyse: «Il faudrait passer au stade supérieur pour continuer à servir ambitieusement les artistes dans cette surenchère accrue. Pour défendre comme il se doit Fabrice Hyber, Valérie Belin, Marjane Satrapi, Pierre et Gilles ou des nouveaux comme Benjamin Sabatier, cela nécessite de prendre des risques ; donc, agrandir nos locaux, recruter de nombreux collaborateurs, dont certains de haut niveau, et étoffer considérablement la liste des artistes représentés. Surfer sur la vague et conserver la galerie dans sa forme actuelle signifieraient à terme desservir les artistes car, de nos jours, stagner, c'est reculer!»

             «Une pression fiscale étouffante»

L'expansion qu'il faudrait engager leur apparaît aujourd'hui impossible, irréaliste.Jérôme et Emmanuelle de Noirmont soulignent sans ambages que «le mauvais contexte politique, économique et social de la France d'aujourd'hui, auquel s'ajoutent un climat idéologique malsain et une pression fiscale étouffante, obère toute perspective d'avenir du marché de l'art en France et altère tout enthousiasme comme tout esprit d'entreprendre!»
Après tant de belles années, y aurait-il de la saturation? «Aujourd'hui, on ne pense plus l'art que par l'argent. Et ce système risque de se tarir un jour.» Mais comme les autres, les Noirmont n'ont-ils pas contribué, eux aussi, à cette spirale infernale du marché? «Si nous abandonnons l'étiquette commerciale, nous précise Emmanuelle de Noirmont,c'est pour mieux nous consacrer aux valeurs humaines et sociales de l'art. Le métier a beaucoup changé. Nos engagements futurs, même s'ils ne sont pas tous déterminés précisément à ce jour, se destineront toujours à mettre l'art et la création contemporaine au cœur d'un projet de société, en traçant de nouvelles voies, à travers des actions ciblées, à la fois professionnelles et caritatives.»
Les Noirmont affirment qu'ils n'ont pas l'envie de partir vivre à Bruxelles, Londres ou New York. C'est, pour eux, «une chance et un luxe de pouvoir un jour se poser à la cinquantaine». Toutefois, le marché réagit, soit de manière radicale comme Daniel Templon, joint au téléphone à la foire de Dubaï: «Quand on s'arrête à 50 ans, dit-il, c'est qu'on n'a pas besoin de travailler. La situation en France est convenable, mais pas grandiose. Il faut bosser toujours plus. Pas de généralité. Il est difficile de faire aujourd'hui des efforts pour gagner trois fois rien…»
D'autres, comme Francis Briest, l'une des têtes d'Artcurial, y voient un sérieux préjudice pour la place de Paris: «Cette décision est très dommageable dans le cadre de la compétition de plus en plus acharnée à laquelle se livrent les autres places comme Londres, New York et Hongkong.

La galerie Jérôme de Noirmont met la clé sous la porte. Crédit photo: Jérôme de Noirmont
La galerie Jérôme de Noirmont met la clé sous la porte. Crédit photo: Jérôme de Noirmont


Galerie de Noirmont : «Une fermeture symbolique»


Par, Béatrice De Rochebouet, Sophie De Santis

Après l'annonce le 21 mars du retrait de Jérôme et Emmanuelle de Noirmont, trois personnalités du monde l'art donnent leur point de vue sur cette décision inattendue.


Emmanuel Perrotin, galeriste à Paris, Hong Kong et bientôt New York:
«J'ai appris la nouvelle à 6h et demie du matin en atterrissant de Tokyo. J'ai été frappé mais pas surpris. La fermeture de cette galerie est un symbole. Aujourd'hui, pour rester une bonne galerie, ou bien on grandit ou on perd des artistes. C'est notre crainte à tous. On a l'obligation de prendre des risques. Je pense que les Noirmont ont fait du très bon travail, mais plus on se développe, plus les enjeux sont de taille. Le galeriste signe des contrats de 16 pages pour la transaction d'une œuvre, alors qu'il ne rêve pas d'être avocat. Perdre un stand ou être mal placé dans une foire, cela peut être une humiliation. Je comprends que l'on puisse avoir un ras le bol de tout ce système».

Georges-Philippe Vallois (Président du comité des galeries d'art), galeriste rue de Seine:
«Je ne pense pas que ce soit un coup dur. Il s'agit d'un choix personnel et professionnel. Ce n'est pas par souci financier que les Noirmont ferment, ce qui aurait été plus inquiétant. La logique commerciale de cette très bonne galerie induisait un mode de fonctionnement porteur de sacrifices que ce duo ne souhaitait pas consentir. C'est leur droit. Mais cela n'a pas valeur d'exemple, même s'il est indiscutable que la position actuelle des galeries est très compliquée. Celles ambitieuses mais de taille moyenne souffrent face aux mastodontes internationaux. Les plus jeunes confrères éprouvent de grosses difficultés sur un marché hexagonal en crise, d'autant plus dans un climat d'incertitudes fiscales. La toute dernière proposition de loi d'assujettissement des œuvres d'art à l'ISF par le député Le Fur (UMP), n'a pas amélioré le contexte. Et renforce l'idée d'un manque d'informations récurrent de l'ensemble des gouvernants sur notre milieu de l'art».

Alfred Pacquement, le directeur du Musée national d'art moderne, centre Georges Pompidou.
«J'ai été pris par surprise à mon retour hier matin de Rio. Je ne peux pas dire que c'est une bonne nouvelle pour le marché français. Il est vrai qu'il y a de moins en moins de place entre les très jeunes galeries et les succursales internationales. Le système a changé. Il est devenu pervers pour ces galeries qui n'ont d'autres choix que de courir les foires pour suivre leurs clients et leurs artistes. Ce n'est pas le meilleur endroit pour comprendre le sens de l'art et échanger avec les artistes. Mais il faut vivre avec son époque».













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